Boris Foucaud, Le Dernier Opus

PublishRoom, éditeur numérique à compte d'éditeur, vient de faire paraître l'un de mes romans, Le Dernier Opus, en format numérique. Facile à trouver sur Amazon ou iBookStore, il est vendu au prix modique de 0,99€.

L'histoire du Dernier Opus

Lorsque Daniel, compositeur mondialement connu, rencontre Bella, pianiste adulée mais capricieuse, c'est l'amour fou. Pourtant, ces deux formes sulfureuses de génie peuvent-elles cohabiter ? Y aura-t-il de la place pour adopter un élève surdoué ? Dans ce roman qui mêle suspens, humour et folles passions, l'histoire de la musique ne sera pas nécessairement révolutionnée de la manière prévue...

Quelques commentaires de lecteurs

"Un roman magnifique d'amour et de passion sur fond de musique classique. Vif, prenant et original; Bella et Daniel forment le couple parfait. Un vrai thriller digne des plus grands"

"Je tenais à vous exprimer ma reconnaissance pour le doux moment qui m'a été accordé lors de la lecture de votre roman. J'ai adoré ! J'espère pouvoir vous lire à nouveau prochainement! Bien à vous, V.H"

Les premières pages du Dernier Opus

 

  Daniel Constantin s’essuya le visage avec une serviette de soie rouge. Comme à chaque fois qu’il composait, il suait à grosses gouttes. Dehors, le soleil cognait, et la climatisation silencieuse n’arrivait pas à gommer les assauts de l’été.

  Ç’avait été un choix : habiter tout en haut d’un coteau offrait en effet de multiples avantages. De la très vaste baie vitrée, on apercevait tout le Val de Loire, et cette magnificence bucolique pouvait, dans une certaine mesure, donner une idée précise de l’ordre supérieur du monde. Il n’était qu’à s’asseoir dans le grand canapé Pullman et ouvrir les yeux pour appréhender une part des beautés universelles : en contrebas, la Loire serpentait, argentée, creusant les pierres schisteuses d’une caresse de fer. Les pentes douces de la vallée se déhanchaient, relayées par les coteaux du Layon tapissés de vignes au vert ardent et se perdant dans cet horizon insondable. Comme toujours dans ces contrées, le ciel d’un bleu à la profondeur entêtante était taché de lourds nuages violets et jaunes peints par la main sûre d’une divinité ivre d’harmonie. Au sommet du coteau, on pouvait voir jusqu’aux tréfonds du monde connu.

  Ce paysage finirait-il un jour ou l’autre par lasser ? Une envie wagnérienne de montagnes escarpées aurait pu surgir comme un démon. Et pourtant, Daniel n’avait pas encore subi ces affres. Il aimait à détailler chaque parcelle du panorama, miette après miette, et admirait là, invariablement, le sens du temps qui passe. A l’automne, la plus belle saison angevine, les collines deviendraient pourpres et le cosmos se décharnerait dans une volupté douce et cruelle. L’hiver, le monde se métamorphoserait en grande dartre creusée jusqu’à l’os, les corbeaux, comme des vautours, survoleraient la Loire pleine et noire, et lorsque la mort croirait avoir possédé l’horizon, déjà, les arbres s’enflammeraient de feuilles nouvelles.

  Mais l’été, le panorama était le plus apte à l’ardente création. Daniel le savait, et il ne prenait donc jamais de vacances pendant cette saison. Il laissait les veaux s’entasser sur les plages de France et de Navarre, tandis que lui goûtait aux ineffables plaisirs de la composition dans son temple de la méditation.

  Il reposa sa serviette et relut ses partitions. Il écrasa avec force son dernier accord sur le clavier de son piano à queue et se mit à réfléchir intensément. Il venait de se rendre compte que son polyaccord tonal Bm7/CM/G offrait ce rare effet recherché : CΔ9#11 13/G.

  Il prit des notes sur son calepin, l’air satisfait. Il venait d’achever le dernier mouvement de sa sonate pour piano, le presto.

  Il avait eu l’idée du thème lorsque Bella, son épouse, lui avait offert un cadeau le mois précédent avant de partir en tournée pour les États-Unis. Elle y était toujours. Elle y connaissait le triomphe, d’après les informations.

  Il repensa à la scène, mi-amusé, mi-agacé.

  Il répétait ce jour-là une fugue particulièrement audacieuse de Bach, tout en pensant et repensant au sage précepte de Debussy selon lequel dans la musique du maître, ce n’est pas le caractère de la mélodie qui émeut, c’est sa courbe. Hélas, Daniel ne pouvait s’empêcher de faire une fausse note à la main gauche, toujours au même endroit, et il se demandait pourquoi son oreille entendait toujours cette fausse note sonner plus juste que celle qui figurait sur la partition. Cette contradiction l’emmenait dans une sorte de désespoir sans fond, car il se demandait s’il était bien imaginable d’être à ce point en désaccord avec Jean Sébastien Bach lui-même. Il gardait à l’esprit le bonheur du méandre, la terreur de la ligne droite, et lorsqu’il jouait cette fugue avec la note originale, il avait la sensation d’une facilité, comme d’une paresse du compositeur. La courbe musicale était plus anguleuse, plus magnifique, bref, plus réussie avec cette fichue fausse note. Daniel allait-il écrire à l’éditeur de cette partition pour lui demander de vérifier s’il n’y avait pas d’erreur de transcription ?

  Cet après-midi-là, il rejoua la fugue une quarantaine de fois, et sa main gauche le trompa à chaque fois. Excédée, Bella fit irruption dans la salle de répétition, poussa du tabouret son mari qui s’affala les fesses sur le sol, saisit un crayon et entoura rageusement la note coupable en perçant la partition de la mine cassée. Elle hurla à Daniel qu’il n’était qu’un piètre pianiste, et que maintenant, toute sa vie, elle entendrait cette fugue avec la fausse note : Daniel Constantin venait d’assassiner Jean Sébastien Bach… Elle le traita de voleur de fugues et de sourdingue, ferma le piano avec une violence sans borne – ce qui dut, au passage, faire tressauter tous les morts du cimetière proche – et s’enfuit comme une furie en claquant la porte.

  Daniel, interloqué, était resté le cul par terre, la fausse note dans l’oreille, à regarder le paysage pastoral par la baie vitrée.

  Décidant que la journée n’était pas apte à l’étude de Bach, il avait embrayé sur Chopin.

  Une heure plus tard, Bella avait frappé à la porte, et l’air de rien, avait poussé une immense cage à roulettes contenant des chauve-souris. Avec un petit sourire triomphant, elle avait chuinté :

  _Tiens, mon pauvre Daniel, elles au moins, elles n’entendent que les ultrasons. Tue tous les compositeurs que tu veux, elles ne t’en voudront pas. Amuse-toi bien ! Moi, je pars aux States.

  Elle lui avait fait une bise sur le front et avait tourné les talons. Daniel, abasourdi, s’était demandé si sa femme était devenue folle.

  Il avait regardé d’un œil noir les deux énormes mammifères volants pendus la tête en bas au perchoir de la grande volière touchant presque le plafond.

  Il n’avait jamais détaillé auparavant ces animaux de fable que l’on dit si inquiétants. Que diable, une chauve-souris, c’est quand même bien laid…

  Au bas de la cage, une petite étiquette disait : “Pteropus vampyrus, Java.” Lorsqu’elles tendaient leurs ailes, elles mesuraient plus d’un mètre d’envergure.

  Daniel ne parlait presque plus jamais à Bella. Elle s’arrangeait d’ailleurs pour le croiser le moins souvent possible dans leur immense maison. Pour éviter toute discussion inutile, elle avait donc posé dans la cage une petite encyclopédie traitant des mœurs et des habitudes alimentaires des chauves-souris.

  Dieu seul pouvait savoir où et comment elle avait trouvé ces bestioles. Lorsque Bella voulait quelque chose, nulle créature terrestre ou surnaturelle ne pouvait la lui refuser…

  Précautionneusement, Daniel avait ouvert la porte de la volière, et avait remarqué deux paires d’yeux ronds et fauves qui avaient suivi sa main avec envie tandis qu’il saisissait vivement le livre. Comment nourrir ces bestiaux ?…

  Comme de juste, les monstres étaient hématophages, ils se nourrissaient de sang de mammifères, entre autres bovins, ânes ou humains. La page de l’encyclopédie montrait, dans un dessin très précis, la manière dont les incisives supérieures en forme de gouge servent à perforer l’épiderme, comment la langue se rabat sur les lèvres inférieures pour former une sorte de gouttière par laquelle le sang est aspiré.

  Il avait fallu à Daniel toute la philosophie du monde pour se rendre à l’évidence qu’avant de trouver une solution décente, il serait hors de question de les laisser mourir de faim. Car ce fut un fait impromptu : Daniel tomba instantanément amoureux de ses deux chiroptères. La nuit, lorsque les chauves-souris commençaient à s’agiter, il tendait son bras nu dans la cage et laissait les bestiaux se nourrir à ses dépends. Cette sensation n’était pas très agréable, certes, mais en rien douloureuse, puisque la salive des bestioles contient un enzyme anesthésiant qui empêche du même coup le sang de coaguler.

  Lorsqu’il pensa tout de même, après un bon mois, que cela ne pouvait plus durer – son bras portant des suçons fort inesthétiques – il captura le chat de sa femme absente, et l’enferma dans la cage avec toutes les attentions possibles. Le doux félin, mieux nourri qu’à son habitude, ne fit aucune difficulté.

  Daniel regardait ce petit ménage à trois avec tendresse, se disant que la nature était bien faite.

  Ces chauves-souris avaient donc été le prétexte de sa dernière œuvre, une sonate incroyablement élaborée et aux sons nouveaux : La Sonate des Chauves-souris. Fait incroyable, les animaux réagissaient bien à certains sons, tandis qu’ils en refusaient d’autres. Lorsque Daniel avait composé les trois mouvements, il avait tenu compte des réactions de ses bestiaux volants, ce qui avait donné une œuvre d’une ineffable originalité, qu’il ne tarderait pas à présenter lors d’une réception très fermée organisée chaque année par ses pairs.

  En attendant, il faudrait penser à autre chose, parce que sa femme allait revenir en taxi de l’aéroport d’ici une heure…

En savoir plus

Boris Foucaud, Le Dernier Opus, 122 pages, ASIN: B00DY7M10S. En vente sur Amazon, iBookStore, etc. au prix de 0,99€

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