Le croiseur Primauguet - 1942 - couverture de Mon livre de mon grand-père

Un beau jour, mon grand-père est venu me voir en tenant dans ses mains une boîte à chaussures. Il m’a dit : « c’est un vieux rêve que j’ai. Dans cette boîte, il y a des dizaines de notes que j’ai prises en écrivant mes mémoires. Je souhaiterais que mes enfants et mes petits-enfants connaissent tout ce qu’on a vécu avec ta grand-mère. Alors j’ai tout noté, patiemment. Mais quand je relis tout ça, quel désordre ! Je rêve d’en obtenir un livre qui soit construit, agréable à lire, et qui n’oublie rien. Est-ce que tu voudrais le faire pour moi ? » J’étais encore étudiant en lettres, mon grand-père savait mon goût pour l’écriture. Alors je l’ai fait...

Cela m’a pris beaucoup de temps pour scanner toutes ces photos parfois très anciennes avec le matériel de l'époque. Pour tout remettre dans l’ordre, construire des chapitres de la naissance à la retraite d’une vie très riche, complexe, celle d’abord d’un enfant pauvre dans les ruelles de Nantes, puis d’un jeune apprenti-marin dans une école militaire très dure. Celle d’un jeune mousse sur un croiseur en route pour la mer de Chine. Celle d’un sous-marinier sabordant son propre navire à Toulon. Celle d’un gendarme à Saint-Chamond, jeune père de trois enfants subissant le régime de Vichy. Puis celle d’un militant syndicaliste des retraités de la gendarmerie qui devient magasinier aux archives départementales... Il s’en est passé des choses et des choses dans une vie aussi tourmentée et aventureuse.

Mon livre : tout a commencé avec mon grand-père

J’ai dû tout remettre en ordre, donc, et réécrire le texte en entier, le long de ces 115 pages au format A4. À cette époque, mon modeste PC était un Pentium II 233 MHz : il n’arrivait pas à absorber tout le texte et refusait en bloc la maquette avec les photos. Il a fallu user d’ingéniosité pour créer un document maître encapsulant chaque section du texte séparément. Le moindre changement de virgule demandait trente secondes de traitement. C'était vraiment une autre époque. 🙂 Le simple tirage au jet d'encre monochrome demandait deux cartouches d'encre et trois bonnes heures.

Mais j’ai réussi à finir le livre à temps. Un beau jour, je suis venu voir mon grand-père et lui ai tendu le produit fini. Il en a été bouleversé jusqu’aux larmes. On en a tiré un nombre d’exemplaires suffisant pour que chaque membre de la famille en possède un. Mon grand-père est mort quelques jours après, avec son exemplaire sur sa table de chevet...

Mon livre : une expérience essentielle

Cette expérience m’a montré une chose fondamentale : tout le monde a besoin, un jour ou l’autre, de transmettre son histoire, ses racines, ses expériences. Toute famille est issue de cette histoire, de cette vision du monde qui font partie du patrimoine. Je ne connais personne qui n’ait rien à raconter. Ceux qui estiment avoir vécu une existence terne n’existent pas, c’est un mythe.

Chacun a pu développer une passion, un art, une collection, une vision du monde particulière. Chacun a fait une découverte lors d’un voyage, d’une expérience, d’une aventure. Bref, chacun possède un trésor et a besoin, un jour ou l’autre, de le transmettre à son entourage ou de le diffuser plus largement, comme un témoignage. Là où les choses sont complexes, c’est qu’une existence passionnante ne fait pas un livre passionnant. La matière est là, mais la forme reste essentielle. Car tout livre n’a jamais qu’une seule mission : accrocher le lecteur, quel que soit le contexte.

Les chutes d'Iguazu - Brésil

Dans mon activité PluMe, je rencontre beaucoup de ces personnes d’apparence parfaitement normale, qui en fait ont vécu des choses extraordinaires et qui veulent témoigner. Comme ce monsieur qui, enfant Juif pendant la guerre, a failli perdre la vie plusieurs fois tout en voyant une partie de sa famille se faire décimer. Ou comme cet autre qui, immensément riche, a tout laissé tomber à la quarantaine pour se reconstruire différemment, dans une vie simple près de la nature. Ou comme cet autre encore, issu d’une très grande famille, qui a pu apporter sa pierre en se jetant à corps perdu dans la rénovation patrimoniale avec une expertise confondante et autodidacte. Ou comme cette dame, qui a vécu l’immigration et le déracinement à onze ans et qui a dû lutter pour s’intégrer et devenir, quelques années plus tard, major de sa promo en droit alors qu’elle ne parlait pas un mot de français quelques années plus tôt. Ou comme cette jeune femme qui a vécu le cauchemar d'un mariage forcé à dix-sept ans après un kidnapping, et qui a réussi à s'en sortir après des mésaventures dignes d'un thriller. Ou encore comme celle-ci qui, devenue harcelée, a dû subir le coup psychologique d'un exorcisme pour changer les choses (!)

Tribu à Bornéo dans les années 40

Mon livre : l’art et la manière de se raconter

Parfois, ces personnes viennent me voir afin de fabriquer un livre souvenir. D’autres fois, après mûre réflexion, elles se lancent dans l’écriture d’un roman, mêlant imaginaire et réalité parce qu'elles ont trop de choses complexes à raconter et elles comptent sur mon aide en coaching éditorial pour y parvenir. Mais leur dénominateur commun, c’est le souci de transmettre ce qu’elles sont, ce qu’elles ont vécu, et surtout leur vision du monde. Et il est exact que ceci demande le soutien d'un professionnel car bien souvent, tout seul, on abandonne devant la masse de documents, d’idées, d’anecdotes qui vont dans tous les sens. On sait rarement par où commencer. Plus difficile, lorsqu'on relit ses mémoires, on se rend compte au fil des pages que le lecteur aura du mal à aller au bout : certains passages sont trop précis, d'autres manquent de clarté, d'autres encore sont mal racontés.

Accrocher le lecteur, c’est utiliser la narration. Raconter une histoire. À cette fin, tout compte, de la forme du livre au texte, de la structure aux illustrations. S’il ne s’agit ni de roman, ni d’autobiographie romancée, ni de mémoire, il s’agit bel et bien tout de même d’un travail d’écrivain : écrire trente-deux ou quarante pages sur une vie, c'est habituellement suffisant pour faire quelque chose d'efficace et qui fait mouche. Et c'est plus difficile que d'en écrire deux-cents qui ne vont pas à l'essentiel.

Shanghai en 1930

Si vous aussi vous voulez franchir le pas, n’hésitez pas, car l’enjeu en vaut la peine. En une trentaine d’heures pour un projet simple, il est possible de posséder enfin le livre de sa vie, de son voyage, de sa collection, de son art, de sa passion... Il ne s’agit pas seulement d’un simple livre : il s’agit plutôt d’un symbole très fort à transmettre, qui bien souvent donne un sens complémentaire à une existence.

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