Plaque de commémorant Théophraste Renaudot, le premier journaliste donnant son nom au prix Renaudot

Le prix Théophraste Renaudot a été créé dès 1926 par dix jurys écrivains et journalistes. Son histoire est d'ailleurs intéressante. Avant de voir quels sont les romans sélectionnés pour le concours de cette année, un petit retour vers le passé s'impose...

Le prix Renaudot : un prix rocambolesque

Le prix Renaudot a été créé pratiquement en réaction contre le prix Goncourt (qui, lui, date de 1903). Dans les années 20, le jury de ce prix se réunissait le premier lundi de décembre pour un long déjeuner. Ils attribuaient le prix Goncourt pendant ce repas, souvent après des échanges réputés pour être longs et tumultueux. Les journalistes devaient donc, une fois le lauréat connu, courir après le lauréat pour l'interviewer, écrire un papier dans l'urgence et regagner leur journal pour s'assurer que la nouvelle paraîtrait bien le lendemain.

Les journalistes décidèrent, en 1925, de s'organiser différemment. Ils se réunirent dans un restaurant non loin de celui du jury du Goncourt afin de prendre eux aussi un repas et de se tenir prêts à les rejoindre, une fois le résultat du Goncourt proclamé.

C'est au cours de ce repas que les journalistes décidèrent, à l'initiative de Gaston Picard, de décerner eux aussi un prix, un prix de journalistes exclusivement. Georges Charensol, un autre participant, décida d'appeler ce prix du nom du premier journaliste français reconnu, père de la presse et de la publicité françaises au XVIIe siècle, Théophraste Renaudot. C'est là la vertu, parfois, des repas un peu arrosés...

Le prix Renaudot : un anti-Goncourt ?

Un jury de dix membres fut donc constitué, avec un statut entièrement calqué sur celui du Goncourt : il n'y eut donc aucun statut écrit, ni même de président élu. Cela fait du prix Renaudot un prix illégal, et ce depuis 1926 !

Il y avait un côté nettement subversif dans le Renaudot : les journalistes étaient en fait très rarement d'accord avec les choix du Goncourt et l'objectif était d'une manière détournée de dénoncer le Goncourt et tout son formalisme. Mais bien vite, les relations entre le Goncourt et le Renaudot se firent bonnes, si bien que le président du Goncourt, Lucien Descaves, brouillé avec ses collègues, vint même une fois présider la table du Renaudot !

Les premiers votes furent menés dans un esprit potache. On se demanda même si on ne récompenserait pas Anatole de Monzie, ministre de l'éducation nationale. Il fut décidé, afin de mettre tout le monde d'accord, de décerner le prix à un inconnu. Le prix désigna Armand Lunel pour Nicolo Peccavi ou L'Affaire Dreyfus à Carpentras.

On a ainsi coutume de dire que le prix Renaudot répare les injustices du prix Goncourt.

On sait, pour la petite histoire, que ce petit jury de dix journalistes attira ensuite beaucoup de convoitise de la part de la profession. Les "exclus" décidèrent, en réaction, de créer un nouveau prix de journaliste contre le prix Femina, lui créé en 1904 : le prix Interallié (1930) !

Une tradition propre au prix Renaudot - qui ne rapporte aucun argent au lauréat - est d'inviter ensuite l'écrivain primé à la table du jury. Cette tradition se perpétue encore aujourd'hui, où seuls Le Clézio et Etchard (qui vivait aux Antilles) n'ont pas répondu à l'invitation depuis 1926. Certain repas sont restés célèbres, comme ceux présidés par Louis-Ferdinand Céline, Roger Peyrefitte ou même Marcel Aymé !...

La sélection du prix Renaudot 2014

Pour cette année, voici la liste des libres sélectionnés :

Dans la catégorie romans :

- Christian Authier, Soldat d'Allah, éd. Grasset
- Élisabeth Barille, Un amour à l'aube, éd. Grasset
- Pascale Fautrier, Les Rouges, éd. Le Seuil
- Serge Filipini, Rimbaldo, éd. La Table ronde
- Stéphanie Janicot, La Mémoire du monde, T. I et II, éd. Albin Michel
- Milan Kundera, La Fête de l'insignifiance, éd. Gallimard
- Marie-Hélène Lafon, Joseph, éd. Buchet-Chastel
- Pierre-Yves Leprince, Les Enquêtes de Monsieur Proust, éd. Gallimard
Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, éd. Le Seuil
- Catherine Millet, Une enfance de rêve, éd. Flammarion
- Jean-Marc Moura, La Musique des illusions, éd. Albin Michel
- Colombe Schneck, Mai 67, éd. Robert Laffont

Dans la catégorie essais :

- Alain Corbin, Sois sage c'est la guerre, éd. Flammarion
Benoît Peteers, Valéry, Il faut tenter de vivre, éd. Flammarion
- Bénédicte Martin, La Femme, éd. Les Equateurs
- Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, l'orgueil du dépouillement, éd. Grasset
- Gilles Perrault, Dictionnaire amoureux de la Résistance, éd. Plon
Jean Hatzfeld, Englebert des collines, éd. Gallimard

 D'ici à décembre, d'autres sélections vont avoir lieu le 2 septembre et les 7 et 28 octobre prochains à l'hôtel de Massa avant délibération finale chez Drouant le même jour que le Goncourt.

En savoir plus sur le prix Renaudot

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